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Association "1846"

Association "1846"

La fortification du XIXe siècle : connaître et partager

Quatre magasins à poudre qui détonnent

Les magasins à poudre sont des organes particulièrement soignés dans tout ouvrage fortifié, aussi répondent-ils à des spécifications précises (sur lesquelles nous ne nous étendrons pas ici, mais promis, un jour, peut-être...).

Au milieu du 19e siècle, leurs caractéristiques sont définies par une instruction datée du 19 mars 1848. Les magasins à poudre du type de 1848 sont constitués d'une pièce de stockage voûtée éventuellement divisée en deux étages par un plancher. L'accès se fait par une unique porte percée dans un pignon. Quand il existe un étage, chaque pignon reçoit une grande fenêtre. L'aération est assurée par des évents en baïonnette percés dans les murs et des conduits communiquant avec le vide sanitaire. Le bâtiment est entouré d'un mur délimitant une enceinte de sûreté.

Planche jointe à l'instruction du 19 mars 1848

Planche jointe à l'instruction du 19 mars 1848

Magasin à poudre de l'Avancée dans la citadelle de Belle-Île (1860)

Magasin à poudre de l'Avancée dans la citadelle de Belle-Île (1860)

Ce type de magasin à poudre est donc assez répandu dans la fortification française des années 1850 et 1860. Mais parmi ceux-ci, certains se distinguent par une disposition bien particulière : le mur d'enceinte extérieur s'y confond avec le piédroit de la voûte sous la forme de deux gaines longeant les grands côtés du magasin. L'enceinte indépendante du bâtiment est cependant conservée à chacune des extrémités, formant ainsi deux petites cours. Cette étrangeté est connue à ce jour pour les magasins des forts Lacroix à Groix, d'Houat, d'Hoedic et de Tatihou.

Pourquoi ? Par économie de place.

Magasin à poudre du fort Lacroix d'après le projet pour 1849

Magasin à poudre du fort Lacroix d'après le projet pour 1849

Laissons s'expliquer le chef de bataillon Le Bouëdec, chef du génie de Port-Louis au moment de la construction du fort Lacroix à Groix (et déjà croisé sur ce blog dans l'affaire des monobretèches) :

" Par décision ministérielle du 3 août 1848 la contenance du magasin à poudre du fort Lacroix a été fixée à 30000 kilogrammes. La même décision prescrit de présenter pour 1849 un projet de magasin à poudre à rez-de-chaussée conformément au type adopté pour ceux à 4 rangs de barils, avec une modification dans les piédroits et le mur de clôture à cause du peu d'étendue de l'intérieur du fort. Le magasin a été placé conformément aux décisions précédentes dans l'angle sud-est et accolé à la face 3-4 du cavalier. Pour ménager, comme on vient de le dire, l'espace intérieur on a supprimé la cour sur les longs pans, et pour en tenir lieu on a percé deux galeries longitudinalement dans les piédroits du bâtiment pour communiquer de la cour d'entrée à la cour de sortie. Les évents ouvrent sur cette galerie et n'ont pas suite aucune communication avec le dehors".

(Service historique de la Défense, département armée de Terre, Vincennes, archives du Génie, 1 VH 1474, place de Port-Louis, projets pour 1849, mémoire du chef du génie, 17 décembre 1848)

Lors de la construction des magasins à poudre des forts d'Houat et d'Hoedic quelques années plus tard, la même solution est adoptée. Idem à Tatihou. D'autres ne sont restés qu'à l'état de projet au fort Cézon, dans les forts de la rive gauche de la Penfeld à Brest et au fort du cap Brun à Toulon, par exemple.

Magasins à poudre des forts centraux d'Houat et d'HoedicMagasins à poudre des forts centraux d'Houat et d'Hoedic

Magasins à poudre des forts centraux d'Houat et d'Hoedic

Aperçu d'une des galeries latérales du magasin à poudre du fort d'Hoedic

Aperçu d'une des galeries latérales du magasin à poudre du fort d'Hoedic

Les magasins du fort Lacroix et du fort de Tatihou sont modifiés après 1870 pour correspondre aux nouvelles normes adaptées à l'artillerie rayée. Les magasins à poudre sont dorénavant entièrement recouvert d'une masse de terre de plusieurs mètres. La circulation autour de la pièce de stockage doit alors se faire au moyen d'une gaine qui en fait le tour. Une gaine qui existe déjà en partie dans ces deux magasins ! 

Le magasin à poudre du fort de Tatihou d'après la signalétique en place : sur le plan, les parties correspondant au magasin avant sa modification sont en rouge foncé

Le magasin à poudre du fort de Tatihou d'après la signalétique en place : sur le plan, les parties correspondant au magasin avant sa modification sont en rouge foncé

Ancienne façade du magasin à poudre du fort de Tatihou et aperçu d'une des galeries latéralesAncienne façade du magasin à poudre du fort de Tatihou et aperçu d'une des galeries latérales

Ancienne façade du magasin à poudre du fort de Tatihou et aperçu d'une des galeries latérales

Sources :

Service historique de la Défense, Vincennes, archives du Génie

 

Remerciements à Jean-Paul Delacruz

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