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Association "1846"

Association "1846"

La fortification du XIXe siècle : connaître et partager

Chapelles et fortifications littorales

L'alliance de l'écouvillon et du goupillon ? Aussi incongru que cela puisse paraître, il existe bien un lien entre les batteries de côte et certains édifices religieux du littoral.

Notre attention a été récemment attirée par la chapelle Saint-They en Cléden-Cap-Sizun (29), nichée au sommet des falaises de la pointe du Van et dominant la Baie des Trépassés. Ce n'est pas tant le tableau romantique qui nous intéressait que la présence à proximité des vestiges d'une petite batterie de côte des environs de 1800. La chapelle avait alors été réutilisée comme corps de garde et magasin à poudre.

© Géoportail

© Géoportail

La chapelle Saint-They, a.k.a. corps de garde et magasin à poudre de la batterie de Saint-They (cliché Henri Moreau, Wikimédia Commons)

La chapelle Saint-They, a.k.a. corps de garde et magasin à poudre de la batterie de Saint-They (cliché Henri Moreau, Wikimédia Commons)

L'irréligiosité révolutionnaire avait encore frappé, livrant la nef aux soudards et transformant la sacristie en magasin à poudre (imparfait : trop humide). L'outrage est réparé quand la chapelle est rendue au culte en 1818 après la restauration des Bourbons.

Ouiii, mais en fait c'est un peu plus compliqué que ça...

Certes, la transformation des possessions du clergé en Biens nationaux, associée aux nécessités de vingt ans de guerre maritime, a facilité la mainmise des militaires sur les bâtiments religieux pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire. C'est ainsi qu'à Ouessant, les chapelles Saint-Nicolas, Saint Hilarion, Saint-Pierre, Saint-Guénolé ("Guignolet"), Saint-Michel et Saint-Gildas ont été réquisitionnées en 1793 et affectées au logement de la troupe.

Les chapelles d'Ouessant militarisées, vers 1817 (© Service historique de la Défense)

Les chapelles d'Ouessant militarisées, vers 1817 (© Service historique de la Défense)

Mais l'utilisation d'églises, de chapelles ou d'abbayes pour les besoins des ouvrages d'artillerie du littoral se pratique déjà... avant la Révolution. Par exemple, en 1788, un état des batteries de côte depuis Morlaix jusqu'à Concarneau indique que sept des affûts attribués au fort de Camaret sont conservés dans la chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, attenante.  De même, en 1783, à la fin de la guerre d'Amérique, les affûts des batteries défendant l'anse du Pouldu près de Lorient sont remisés à l'abbaye Saint-Maurice, à quelques kilomètres en remontant la Laïta, quand ceux des batteries des îles d'Houat et d'Hoedic sont amenés à l'abbaye de Saint-Gildas-de-Rhuys.

Dès l'Ancien Régime, lorsque des établissements religieux existent à proximité d'ouvrages fortifiés ils tendent à être englobés et à servir de casernements ou de magasins. Ce sont autant de bâtiments en moins à construire pour le génie. La liste des exemples fournis n'est certainement pas exhaustive.

En Bas-Poitou (Vendée), le fort Saint-Nicolas défendant le port des Sables-d'Olonne englobe le prieuré du même nom, lequel devient magasin à poudre, magasin d'artillerie et logement du gardien. Sur Yeu, il existe une "batterie de la Chapelle" qui comprend... une chapelle du Bon-Secours.

Le fort et le prieuré Saint-Nicolas en 1839 (© Service historique de la Défense)

Le fort et le prieuré Saint-Nicolas en 1839 (© Service historique de la Défense)

Le prieuré Saint-Nicolas actuellement, très restauré (cliché Isabelle Fortuné, Wikimédia Commons)

Le prieuré Saint-Nicolas actuellement, très restauré (cliché Isabelle Fortuné, Wikimédia Commons)

Plus près de nous (nous étant à Brest), la chapelle Sainte-Anne de l'île de Batz a également servi de casernement et de magasin pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire, mais aurait été affectée à la défense des côtes dès les années 1780. Toujours sur l'île de Batz, l'atlas des bâtiments militaires du XIXe siècle figure un magasin et caserne du génie qui est manifestement une ancienne chapelle.

La chapelle Sainte-Anne sur l'île de Batz

La chapelle Sainte-Anne sur l'île de Batz

Caserne et magasin du génie de l'île de Batz ; noter le clocheton ( © Archives départementales du Finistère)

Caserne et magasin du génie de l'île de Batz ; noter le clocheton ( © Archives départementales du Finistère)

Un "Mémoire abrégé de l'état actuel des forts, châteaux et batteries de côtes de Bretagne entre les rivières de Quimper et de Morlaix" du 1er novembre 1782 (SHDAT, 3 W 30) précise à propos d'une des batteries du cap de la Chèvre située près de la chapelle Saint-Nicolas de Rostudel que "l'on étoit obligé de déposer les poudres nécessaires à cette batterie dans cette chapelle voisine" avant la construction en 1780 d'un magasin à poudre dédié. Au XIXe siècle, avant la construction dans les années 1850 d'un magasin à poudre aux normes modernes pour les lignes de Quélern barrant la presqu'île de Roscanvel (29), c'est également l'ancienne chapelle de l'ouvrage qui sert de magasin à poudre.

Magasin poudre des lignes de Quélern, 1836 (© Archives départementales du Finistère)

Magasin poudre des lignes de Quélern, 1836 (© Archives départementales du Finistère)

En effet, des bâtiments construits pour servir de chapelles à des ouvrages fortifiés ont pu finir par recevoir une autre affectation au cours du temps. Il en est ainsi de la chapelle du fort de l'île de Tatihou construite à la fin du XVIIe siècle et transformée en magasin aux vivres à la fin du XVIIIe, ou de celle datant du milieu du XVIIIe siècle du fort du Mengant dans le goulet de Brest, utilisée comme magasin d'artillerie au XIXe.

Chapelle/magasin aux vivres du fort de Tatihou

Chapelle/magasin aux vivres du fort de Tatihou

Juste retour des choses, actuellement, le fort de la Repentance sur l'île de Porquerolles (83) est un monastère orthodoxe dont une des caponnières a été transformée en chapelle. Sic transit gloria mundi.

P. Jadé (arrière-petit-fils de "l'élu des sacristies")

Sources :

Service historique de la Défense, département Armée de Terre, Vincennes, archives du Génie.

Service historique de la Défense, département Armée de Terre, Vincennes, archives de l'Artillerie.

Service historique de la Défense, département Marine, Brest.

Archives départementales du Finistère.

Bibliothèque nationale de France.

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