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Association "1846"

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La fortification du XIXe siècle : connaître et partager

Ville Close de Concarneau

Un article sur la Ville Close de Concarneau sur un blog consacré à la fortification du XIXe siècle ? Oui : on l'oublie parfois, mais l'aspect actuel des fortifications de Concarneau doit beaucoup à la première moitié du XIXe siècle.

© Géoportail

© Géoportail

Place forte importante aux XVe et XVIe siècles, Concarneau est peu à peu délaissée aux XVIIe et XVIIIe siècles. Au début du XIXe siècle ses fortifications ne sont pas en bon état. Les autorités militaires s'y intéressent pourtant de nouveau :

« Concarneau est le seul point fortifié entre Port-Louis et Brest. C'est un motif pour le soigner. Il est dominé et ne pourrait faire une longue résistance. Cependant pour s'en emparer l'ennemi serait obligé d'effectuer une descente avec des troupes et du canon, opération qui exige plusieurs jours » (général Marescot, 1818).

« La petite place de Concarneau est le seul poste fortifié sur la côte, entre Port-Louis et Brest, elle protège la baie de la Forêt. Le Comité […] pense qu'on peut se borner à mettre l'enceinte à l'abri d'un coup de main, attendu le peu de probabilité d'un siège » (général Rogniat, 1837)

La place doit surtout servir de dépôt de poudre pour les batteries de côtes alentour. Elle contrôle aussi la route entre Quimperlé et Quimper qui la traverse. En cas de blocus elle peut être un refuge pour des navires voulant échapper aux croisières anglaises : entre 1806 et 1809 le vaisseau le Vétéran commandé par Jérôme Bonaparte (le plus jeune frère de l'autre) y a fait un séjour remarqué. Les troubles intérieurs des guerres de la Révolution et de l'Empire sont peut-être encore à l'esprit des militaires. Dans tous les cas la fortification ne doit être organisée que pour résister à une petite attaque sans artillerie lourde.

La Ville Close de Concarneau d'après un plan de 1854. Les numéros et les lettres sont ceux de la nomenclature de l'époque.

La Ville Close de Concarneau d'après un plan de 1854. Les numéros et les lettres sont ceux de la nomenclature de l'époque.

Les premiers projets de restauration sont faits dans les années 1820. Mais hormis la construction de la caserne du Petit-Château en 1819 (A, quartier Gibon), la pose d'un panneau aux armes de la monarchie restaurée au-dessus de la porte de la demi-lune (3) la même année et le comblement de ses fossés en 1820 (mesure sanitaire), peu de choses sont faites. La plupart des projets ne sont concrétisés qu'à partir de la seconde moitié des années 1830.

Vue de la demi-lune et des tours d'entrée de la Ville Close : toutes les parties hautes sont du XIXe siècle.

Vue de la demi-lune et des tours d'entrée de la Ville Close : toutes les parties hautes sont du XIXe siècle.

De 1838 à 1847 tous les parapets des courtines et des tours sont rehaussés pour améliorer le défilement. Sur tout le pourtour du corps de place, de la demi-lune et du ravelin (2) prennent place des murs crénelés reposant parfois sur les consoles des anciens mâchicoulis. Les tours, ainsi que les courtines au sud, sont dotées d'un simple mur à bahut associé à des banquettes de tir en terre ou en pierre. Les tours du Gouverneur (4), du Major (5), Neuve (6, dite aussi du Moulin à poudre) et la tour aux Chiens (9, dite aussi du Port) sont voûtées.

Parapets terrassés de la tour du Gouverneur remaniée (1841-1843). Remarquer à gauche la dame coiffant le mur la raccordant à la demi-lune (1844)

Parapets terrassés de la tour du Gouverneur remaniée (1841-1843). Remarquer à gauche la dame coiffant le mur la raccordant à la demi-lune (1844)

Porte médiévale, parapet de 1844 (porte au Vin)

Porte médiévale, parapet de 1844 (porte au Vin)

Tour du passage (8) : mur à bahut et banquette de tir en pierre (c. 1840)

Tour du passage (8) : mur à bahut et banquette de tir en pierre (c. 1840)

Un four à pain est installé dans la tour du Major qui devient la manutention de la place. Un arsenal d'artillerie (I) est adossé à l'ancienne chapelle Notre-Dame du Portal qui est transformée en caserne (D). En 1837 un magasin à poudre (F) de 25 000 kg de contenance est construit en arrière de la butte du Petit-Château. Cette dernière est organisée en cavalier d'artillerie (17) en 1853 et plantée d'arbres. Enfin, la même année la brèche de la porte du Passage (14) agrandie en 1786-1789 est fermée par un mur crénelé percé d'une porte.

Le magasin à poudre à deux étages (1837)

Le magasin à poudre à deux étages (1837)

Défenses de la porte du Passage (1853)

Défenses de la porte du Passage (1853)

Une cote négative du XIXe siècle. Le plan de référence passe à 100 mètres au dessus des hautes marées d'équinoxe

Une cote négative du XIXe siècle. Le plan de référence passe à 100 mètres au dessus des hautes marées d'équinoxe

Concarneau est classée dans les places de la 2e série par la loi du 20 juillet 1851 et le décret du 10 août 1853. Sa garnison n'est pas très importante : une compagnie d'infanterie. L'artillerie n'est pas non plus très nombreuse : deux obusiers de 22 cm de côte à la batterie du Fer à Cheval et deux canons de campagne.

Malgré les investissements des années 1830-1850, le déclin arrive vite. Navigation à vapeur, chemin de fer, artillerie rayée et explosifs puissants rendent la place définitivement obsolète dans la seconde moitié du XIXe siècle. La marine installe bien un poste de torpilleurs au Petit-Château en 1889, mais la même année Concarneau fait partie des très nombreuses places déclassées par la loi du 27 mai 1889.

Casemate de la tour aux Chiens (1843). Elle sert de magasin à charbon pour le poste de torpilleurs entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle

Casemate de la tour aux Chiens (1843). Elle sert de magasin à charbon pour le poste de torpilleurs entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle

Une partie de l'enceinte de la Ville Close de Concarneau se visite librement. L'ancien arsenal et la caserne du Rosaire abritent le musée de la pêche.

Sources :

Nicolas Faucherre et al. Les Fortifications du littoral. La Bretagne-Sud, Chauray-Niort, Ed. Patrimoines et médias, 1998

Thierry Ribouchon, Les Fortifications de Concarneau, Saint-Evarzec, Ed. du Palémon, 2005

Service historique de la Défense, Vincennes, archives du Génie

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